jeudi 22 décembre 2016

mercredi 14 décembre 2016

Semences toxiques : un simple agriculteur paye pour Syngenta


Semences toxiques : un simple agriculteur paye pour Syngenta

Au cœur d’une affaire d’épandage de semences enrobées de pesticides, le géant suisse de l’agrochimie échappe à une sanction du tribunal correctionnel de Paris.
LE MONDE | 14.12.2016 à 17h52 • Mis à jour le 14.12.2016 à 19h16 | Par Martine Valo
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Au siège social du géant de l’agrochimie, à Bâle, en Suisse. MICHAEL BUHOLZER / AFP
Le tribunal correctionnel de Paris a épargné Syngenta dans le jugement rendu mercredi 14 décembre. Le géant suisse de l’agrochimie n’est en rien inquiété dans l’affaire des semences périmées en partie enrobées d’insecticides neurotoxiques qui avaient été épandues en grandes quantités pendant quatre ans dans un champ du Lot-et-Garonne. L’agriculteur, Bernard Béteille, à qui la firme agrochimique avait confié cette tâche pour se débarrasser de son stock à bon prix, est le seul à répondre des faits devant la justice.Le ministère public avait requis une amende de 10 000 euros avec sursis à son encontre. Les juges l’ont suivi, condamnant de surcroît M. Béteille à verser 1 000 euros à chacune des parties civiles, plus 500 euros de frais de justice.
Lire aussi :   Semences toxiques : les manœuvres de Syngenta pour échapper à la justice
Le groupe basé à Bâle avait dissous Syngenta Seeds Holding, dont elle était l’unique actionnaire, le 21 novembre 2011, cinq jours après avoir appris que celle-ci était renvoyée devant le tribunal correctionnel de Paris. Il était donc devenu impossible de juger cette filiale. La firme verra tout de même son nom associé à celui de M. Béteille dans une publication insérée dans Le Parisien. Car le tribunal a ordonné que cet épisode de dissolution opportune soit relaté dans le quotidien, faisant suite à une demande de l’association Que choisir.

« Une pratique scandaleuse de gestion du risque industriel »

Mais Syngenta échappe à toute autre sanction judiciaire. Bernard Fau, qui défend les apiculteurs parties prenantes dans cette affaire de pollution, a eu beau dénoncer « l’utilisation de filiales comme une pratique scandaleuse de gestion du risque industriel », rien n’y a fait.Larrêté de la Cour de justice de l’Union européenne, sur lequel l’avocat appuyait son argumentation, n’a pas été retenu.
Voilà une nouvelle occasion manquée de placer un géant de l’agrochimie devant ses responsabilités, avait par avance et en substance reconnu la procureure, Aude Le Guilcher, lors des audiences du 18 et 19 octobre. « Il faut savoir admettre sa défaite. Le ministère public est allé aussi loin qu’il a pu pour faire reconnaître la fraude à la loi, avait-elle alors lancé à l’adresse des juges. Vous pourrez juste constater la disparition de sa filiale qui est extrêmement impliquée, une disparition tout de même troublante qui continue d’interpeller le ministère public. »
L’avocate de Syngenta, Sylvie Moreau Bloch, ne s’y était pas trompée et n’avait même pas assisté à ces audiences. Dans un communiqué en date du 19 octobre, Syngenta s’était néanmoins défendu, assurant que la disparition de sa filiale n’avait nullement pour but de « mettre un terme à une procédure pénale en cours en France », mais s’inscrivait dans le cadre d’une réorganisation du groupe. De toute façon, celle-ci n’aurait entraîné au pire qu’une amende de 300 000 euros, ce « qui n’aurait jamais justifié de telles manœuvres ».
Pourtant, le tribunal de grande instance de Paris avait demandé, dans un premier temps, au tribunal de commerce de Versailles de déclarer cette procédure frauduleuse. Celui-ci a effectivement annulé la dissolution en mars 2015, mais l’agrochimiste a par la suite gagné son procès en appel en janvier. C’est ainsi que pendant toute la procédure, il n’a été question que de lui, mais sans lui.
Lire aussi :   Syngenta échappe à son procès sur les pesticides

Plus de 900 tonnes de semences déclassées épandues

Avant qu’elle ne disparaisse, Syngenta Seeds Holding était sur la sellette pour ses contrats avec Bernard Béteille. Moyennant rétribution, l’exploitant a épandu, entre 1999 et 2002, pas moins de 922 tonnes de semences déclassées dans ses champs à Verteuil-d’Agenais. Cette façon de se débarrasser des invendus lui revenait moins cher que de les faire incinérer par une cimenterie.
Le véritable problème, c’est qu’une partie était enrobée de pesticides redoutables. En 2002, une plainte avait été déposée par des apiculteurs locaux, à laquelle se sont joints l’Union nationale de l’apiculture française, Que choisir et France nature environnement. Suite à l’enquête des services de l’Etat chargés de l’environnement, à plusieurs perquisitions menées par la gendarmerie et à des auditions chez des juges d’instruction successifs – soit quatorze années d’efforts conduisant tous aux mêmes conclusions –, il fut décidé de poursuivre Syngenta Seeds Holding pour avoir « fait déposer de façon irrégulière des déchets agrochimiques contenant des substances dangereuses ».
Après avoir minimisé les faits, Syngenta a reconnu que 10 % à 15 % des semences de maïs étaient imprégnées d’imidaclopride – un pesticide plus connu sous le nom de Gaucho –, et de fipronil, qui, lui, entre dans la composition du Régent, sans compter quelques fongicides. Les deux insecticides sont aujourd’hui partiellement ou totalement interdits.
Sur le banc des prévenus devant la 31e chambre correctionnelle, M. Béteille avait assuré ignorer la nature exacte de ce qu’il semait – malgré l’indication « Gaucho » imprimée sur certains sacs –, et qu’il s’en remettait à la firme agrochimique. Il a rapporté qu’avec ces « semis haute densité », selon l’appellation de Syngenta, il produisait de l’engrais « vert » sur ces mêmes parcelles, confiant que cette affaire lui a coûté plus que les 71 000 euros qu’elle lui a rapportés.
Son avocate, Dalia Moldovan, avait souligné à quel point il était injuste que l’agriculteur soit le seul condamné, alors qu’il était lui-même « victime de la confiance aveugle qu’il faisait à Syngenta, convaincu qu’un groupe de cette importance devait bien savoir ce qu’il faisait ».
Depuis les interventions des gendarmes dans son exploitation, « M. Béteille vit avec la honte face au reste du village », a-t-elle rapporté. Au cours de l’instruction, ses récoltes d’une année ont été saisies. Les difficultés se sont alors accumulées, il a dû vendre dix hectares pour faire face, a connu des déboires familiaux, et, pour finir, le voilà seul à payer.

Source - http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/12/14/semences-toxiques-un-simple-agriculteur-paye-pour-syngenta_5049007_3244.html?xtor=RSS-3208

mercredi 30 novembre 2016

PST - Accoglienza - Dicembre


Ripartizione nei gruppi
Gruppo n°1 - Emploi du temps
Collecchia Claudia / Malizia Arianna / Mariotti Alessandra / Orsini Elisa / Scoccia Micol / Valeri Virginia

Gruppo n°2 - Emploi du temps
Barresi Elisa / Di Donato Benedetta / Giacchetta Martina / Mascetti Federica / Natalini Claudia / Speranza Giada

Gruppo n°3 - Emploi du temps
Altieri Sara / Cervelli Claudia / Cucchiaroni Marco / Petritoli Letizia / Relucenti Giulia / Esposito Chiara

mardi 29 novembre 2016

PST Premières / Terminales ESABAC - Accoglienza degli italiani

Arrivo degli allievi di A. De Lorenzo questa domenica 4 dicembre in fine di giorno (partenza da Ascoli alle 7:30)

mercredi 9 novembre 2016

Temps de scolarisations temporaires à Ascoli - Informations

Échange des élèves de Seconde :
La situation du lycée d'Ascoli et des tremblements de terre à répétition d'une part; le passage incontournable par un CA du lycée d'autre part nous impose de repousser le temps de scolarisation des élèves français à... plus tard. Nous vous communiquerons dès que possible ces nouvelles dates, assurément courant 2017.

Échange des élèves de Première et Terminale :
Aucun changement et des précisions : les élèves italiens viennent en France du 4 au 11 décembre.

mercredi 26 octobre 2016

mardi 25 octobre 2016

Prospective pour les Temps de scolarisation temporaire - Code de conduite


Prospective pour les Temps de scolarisation temporaire

Période d’accueil / de départ en Italie
·               Décembre: 1er temps d’échange veilles des vacances
-       venue des élèves non-ESABAC d’Ascoli (19 élèves) – semaine 5-9 décembre / accueil par les premières et terminales ESABAC 

-       départ des élèves de Seconde ESABAC 2 semaines (autour des 5 - 16 décembre) – 19 élèves

-       le bus qui vient d’Ascoli avec les élèves italiens le week-end des 3/4  décembre repart à plein vers Ascoli 

-       modalités de retour d’Ascoli à décider (train / bus?) 
·               Avril: 2e temps d’échange veille des vacances
-       Départ des élèves de premières et terminales ESABAC accueillis par les non-ESABAC d’Ascoli semaine du 10 au 14 avril  

-       accueil des élèves ESABAC d’Ascoli par les Secondes ESABAC 2 semaines 5 au 14avril  dont 1 semaine seule en cours (et une semaine de stage en France géré par Ascoli)  

-       le bus qui vient d’Ascoli avec les élèves français qui rentrent la veille de Pâques (14 avril?) repartirai à plein vers Ascoli le samedi 15. 

-       modalités de retour d’Ascoli à décider (train / bus?) 

Tableau récapitulatif 

Groupes 
Accueil en France 
Accueil en Italie 
Dates de transports 
Durée d’échange 
Français 
Italiens 
Bus partagé 
seuls 
Secondes ESABAC (19
ESABAC (14
5 au 14 avril 
5 au 16 décembre 
Aller avec le bus des italiens – 3-4 décembre 
Retour seuls 16 décembre 
2 semaines 
Première ESABAC (12
Non-ESABAC (non déterminé
5-9 décembre 
10 au 14 avril 
Aller seul le 10 Avril 
Retour avec le bus venant chercher les italiens le 14 avril  
1 semaine 
Terminales ESABAC (7


Pour rappel - code de conduite

·               Le but premier n'est pas un échange entre élève MAIS un temps de scolarisation des élèves (français, italiens) à l'étranger, dans une cadre d'immersion dans le pays, la langue, à travers l'école et la vie de famille. 
·               Les élèves français, en Italie, se doivent d'être ouverts à ce qui leur est proposé dans le cadre scolaire et familial. Ils doivent tout mettre en œuvre pour limiter et réduire les tensions en cas de faibles liens d'amitiés entre les personnes. Les appariements mis en œuvres n'ont pas vocation à être mis en cause, sauf difficultés insurmontables.

·               La présence d'élève italiens durant la semaine d'accueil en France ne doit pas créer de désagréments aux familles, ni aux élèves : la venue d'un correspondant ne légitime ni du retard dans le travail scolaire, ni des absences exceptionnelles. 

·               En cas de situation difficile, merci de prendre contact rapidement avec les enseignants encadrants. 

jeudi 13 octobre 2016

Mort de l’écrivain italien Dario Fo, Prix Nobel de littérature en 1997


Mort de l’écrivain italien Dario Fo, Prix Nobel de littérature en 1997

Le Monde | • Mis à jour le

Dario Fo, en juin 2016.

Héritier direct des Tabarins et Arlequins, auteur de comédies bouffonnes et politiques, tel est Dario Fo, l’homme de toutes les surprises. Toujours, il a voyagé sur les chemins de l’imprévu, et ce jusqu’à sa mort à l’âge de 90 ans, annoncée jeudi 13 octobre par la presse italienne, soit quelques heures seulement avant la remise du prix Nobel de littérature 2016, lui qui l’avait reçu en 1997.

Ainsi, quand, il y a dix-neuf ans, la docte assemblée suédoise lui accorde la récompense suprême, lui-même est stupéfait, et le monde entier avec lui puisque le monde entier le connaît. Mais il n’a jamais prétendu offrir des textes susceptibles de traverser les siècles, d’inspirer interprétations et réinterprétations aux metteurs en scène du futur. Dans son livre Le Gai Savoir de l’acteur (aux ­éditions de l’Arche), il écrit : « Cette œuvre a un défaut, elle est belle à lire. »
Dario Fo travaille sur l’immédiat. Et d’abord pour lui, bête de scène capable de tenir deux mille personnes (minimum) dans un plaisir partagé. C’est peut-être cela que les Nobel ont voulu couronner : la générosité d’une écriture moins faite pour être lue que pour passer par le corps, la voix, les émotions d’un acteur. Dario Fo est d’abord cet acteur qui se présente, comme ça, sans masque, se fait entendre et comprendre autant par les mots que par la précision acerbe de ses mimiques, de ses attitudes et de ses gestes, par son fabuleux talent à saisir l’instant, à utiliser l’incident, par son génie de l’improvisation.
On a pu en constater les effets : en 1971, sa pièce Isabelle, trois caravelles et un charlatan (à propos de Christophe Colomb) inaugure, dans la cour d’honneur, le Festival d’Avignon, mise en scène par Arturo Corso pour le Théâtre de la Ville. Avec une distribution française, dont Maurice Chevit, qui tient le rôle principal et, pendant les dernières répétitions, s’est cassé le pied. Alors Dario Fo tient à informer lui-même le public, et le voilà seul dans l’immensité du plateau, face aux gradins surbookés, expliquant, raillant, mimant le « jeu italien » vu par les Français… On a bien cru que le public ne le laisserait pas partir.

Le théâtre comme arme de guerre

Au fond, sa vie professionnelle suit en droite ligne la tradition familiale : pour vendre ses légumes sur le marché, son grand-père maternel invente de mirifiques épopées, et charme la clientèle. Son père, cheminot, devient pendant la guerre un résistant actif. Donc, tout naturellement, Dario Fo, né le 24 mars 1926 à Sangiano, en Lombardie, choisit le théâtre comme arme de guerre contre les injustices sociales et autres. Sans désemparer, et jusqu’au bout.
En 2002, il donne au Monde un « point de vue » : le « Nouveau fascisme » est arrivé, dénonçant l’apathie de la gauche devant Berlusconi, « paradoxe insensé, digne d’Ubu Roi »… Dans le diptyque Ubu roi, Ubu bas (2002) et L’Anomalo bicefalo (2004), il incarne le « Cavaliere », recevant chez lui Vladimir Poutine. D’où le procès intenté par un sénateur mis en cause… Dario Fo ne s’émeut pas : artiste engagé – il ira jusqu’à se présenter aux élections municipales de sa ville de toujours, Milan, en 2006, recueillant 23 % des voix, signera en 2008 une tribune avec cinq autres Prix Nobel (Mikhaïl Gorbatchev, Desmond Tutu, Günter Grass, Orhan Pamuk et Rita Levi Montalcini) pour protester contre la mise à prix par la mafia du journaliste Roberto Saviano, et apportera cinq plus tard son soutien au mouvement Cinq étoiles de Beppe Grillo –, il a l’habitude des polémiques et de la censure.
En 1980, il parcourt l’Italie dans la peau d’un pape qui, malade, se déguise pour consulter clandestinement un psychiatre, puis une sorcière. Le Vatican s’indigne. Déjà en 1977, les évêques demandent – en vain – à la deuxième chaîne de la RAI d’interrompre la série tirée de son Mistero Buffo (Mystère Bouffe), adaptation d’une farce médiévale – revue par Maïakovski en 1918 – assez violemment critique sur l’Eglise : le grand triomphe de Dario Fo, datant de 1970, présenté sans cesse en Italie, et hors frontière.
En France, c’est dans ce spectacle que pour la première fois on peut le voir jouer, en 1973, salle Gémier. En dehors même d’Isabelle, trois caravelles et un charlatan ou du Septième commandement, mis en scène la même année par Jacques Mauclair à l’Odéon, plusieurs de ses pièces ont déjà été créées chez nous : Les Archanges ne jouent pas au billard électrique par la Comédie de l’Ouest en 1969 à Rennes, où l’année suivante Pierre Debauche monte Pas de pitié pour la dame…
Depuis, on ne compte plus les Mort accidentelle d’un anarchiste, Couple ouvert à deux battants, Faut pas payer, Orgasme adulte échappé du zoo, ça respire encore, L’Enterrement du patron, Johan Padan à la découverte de l’Amérique, François le Saint Jongleur… Entre autres. La force chaleureuse de Dario Fo se transmet dans ses textes, mais il faut bien l’avouer, rares sont ceux qui possèdent son charisme, son dynamisme, sa faculté de transmettre son enthousiasme et ses colères, l’humanité de son regard bleu, la souplesse de son grand corps massif, et de son imagination… Quoi qu’il en soit, on n’a pas fini d’explorer son œuvre, elle contient plus de cent titres, destinés à la scène, mais aussi à la radio, à la télévision et même à la chanson – tous les Italiens connaissent les paroles des morceaux qu’il a signés pour les chanteurs Giorgio Gaber ou Enzo Jannacci.
Car, après de brèves études d’architecture, avant de devenir le « Grand » Dario Fo, adoré du public, que dans toute l’Italie on reconnaît, on salue, on embrasse, avant d’être celui qui emplit les salles où qu’il aille, sans même une affiche l’annonçant, simplement par cet étrange phénomène dit « du bouche-à-oreille », il fait ses débuts au cabaret avec des monologues de son cru. Lesquels lui valent de passer sur les ondes. Mais la parole seule ne lui suffit pas, il a besoin de la faire vivre de tout son être. Il a surtout besoin d’avoir en face de lui, à portée de regards, de voix, de gestes, de sourires, les spectateurs. Il a besoin de guetter leurs réactions, de les prévoir, d’y répondre, de les détourner.
Alors, en 1950, il s’en va à la ­conquête du théâtre. Il y rencontre Franca Rame, sa femme. Dès 1952, ensemble, ils montent et jouent des comédies dont il est l’auteur, principalement des farces inspirées de la Commedia dell’arte. En 1959, ensemble toujours, ils fondent leur compagnie, pour laquelle Dario Fo continue d’écrire. De cette époque datent les premières pièces traduites et montrées en France. La célébrité les rejoint, et la RAI, en 1962, leur demande une émission : « Canzonissima », qui connaît un tonitruant succès. Au point de leur valoir leurs premiers ennuis avec la censure, car naturellement, ils se tiennent loin du « politiquement correct ». Après sept semaines l’émission est déprogrammée.
En 1968, sensible aux cercles gauchistes – jusqu’à côtoyer d’un peu trop près, selon certains, ses mouvances les plus radicales –, Dario Fo décide de ne plus jouer dans les institutions, ou même les théâtres habituels. Il dissout sa compagnie, la remplace par un groupe basé à Bologne, la Nuova Scena, liée au Parti communiste italien (PCI), et qui va se produire dans des usines, des cantines, des salles gérées par les associations de gauche. Mais, une fois de plus, l’insolence libertaire du couple déplaît aux instances dirigeantes. Cette fois, celles du PCI, qui retire son appui.

Frénétique plaisir de jouer

Le groupe demeure, Dario Fo et Franca Rame s’en vont. Il en faudrait davantage pour les dissuader. En 1970, ils fondent le Collectif Théâtral de la Commune, et poursuivent leur travail exactement dans la même voie. Sans se défaire de leur frénétique plaisir de jouer, ils traitent des tragédies du monde : le Chili, la Palestine, l’exploitation de la femme, le sida… L’enlèvement de sa femme, la nuit du 9 mars 1973, torturée puis relâchée par un commando fasciste, ne les arrête pas plus. Et puisque leur notoriété a franchi les frontières, ils vont là où on le leur demande, autant dire un peu partout.
En 1976, invité au Festival de Nancy pour participer à une rencontre sur le thème du comique au théâtre, Dario Fo abasourdit ses collègues autant que les spectateurs en expliquant, et en montrant, de quelle manière les gestes du travail ont engendré ceux de l’expression théâtrale. Avec une telle virtuosité, un tel pouvoir de conviction, qu’on était près d’y croire ! Avec quand même trop d’humour pour que l’on puisse songer à une éventuelle manipulation. « Il ne faut pas, disait-il quelque temps auparavant,confondre la copie des mouvements quotidiens et la recréation des comportements par le geste décomposé. » Il ne qualifie d’ailleurs pas son jeu de « comique », mais de« grotesque », c’est-à-dire dont « le mécanisme se fonde sur une vérité amère » (Le Monde 19 novembre 1971).
En 1990, Dario Fo vient pour la dernière fois travailler en France. Le refus de l’institution ayant fait son temps, sur l’invitation d’Antoine Vitez, il met en scène à la Comédie-Française deux farces de Molière : Le Médecin volant et Le Médecin malgré lui. Les acteurs se font acrobates, chantent en italien, répondent à la recommandation de leur metteur en scène : « Si tu joues en rigolant, tu fais un effet, ça ne va pas plus loin, disait celui dont le Mistero Buffo a rejoint, en 2010, le répertoire du Français. Si tu es sincère, le rire devient féroce. » Toute sa vie, le théâtre aura été l’espace de sincérité de Dario Fo.

Colette Godard
http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2016/10/13/mort-de-l-ecrivain-italien-dario-fo-prix-nobel-de-litterature-en-1997_5012848_3382.html 

mercredi 12 octobre 2016

mardi 11 octobre 2016

Intox sur Internet

L’intox du « couple de clandestins » qui toucherait 3 000 euros d’aide sociale

Une page Facebook d’extrême droite diffuse une fiche de prestations sociales attribuées à des clandestins… alors que ces derniers n’y ont pas droit.
LE MONDE | • Mis à jour le | Par Adrien Sénécat

Une page Facebook intitulée « Soutien national en bleu Marine », qui soutient Marine Le Pen, a publié dimanche 9 octobre un message pour le moins trompeur. « Scandale, la CAF paye 3 265 euros par mois à un couple de clandestins qui ne travaillent pas ! » lit-on dans ce post, partagé plus de 3 000 fois, accompagné de la photo d’une attestation de droits de la Caisse d’allocations familiales (CAF) censée démontrer la véracité de l’affirmation.

Capture d’écran du message trompeur qui a circulé sur Facebook.
Capture d’écran du message trompeur qui a circulé sur Facebook. Facebook
Dans le détail, pour le mois d’août 2014, la fiche mentionne les lignes suivantes :
  • Allocations familiales (295,05 euros) ;
  • Allocation aux adultes handicapés (790,18 euros) ;
  • Allocation aux adultes handicapés (790,18 euros) ;
  • Allocation de rentrée scolaire (745,27 euros) ;
  • Complément familial (185,20 euros) ;
  • Allocation de logement (459,36 euros).
Total : 3 265,24 euros.

POURQUOI C’EST FAUX

Aucune information n’est visible à l’image sur les bénéficiaires de ces aides, si ce n’est qu’il s’agit de la caisse d’allocations familiales du Vaucluse. En pratique, un « couple de clandestins » n’aurait en fait droit à aucune de ces prestations. Comme expliqué sur le site de la CAF, un étranger ressortissant de l’Union européenne (UE) doit remplir les conditions de droit au séjour pour espérer bénéficier d’aides. Un non-ressortissant de l’UE doit également pouvoir attester, papiers à l’appui, être en situation régulière.
Aucun foyer dont les membres sont en situation irrégulière n’a donc droit à de telles aides, ce qui laisse songeur quant à la véracité de cet exemple. On notera par ailleurs qu’il est trompeur de comptabiliser le montant de l’allocation de rentrée scolaire comme une ressource mensuelle, sachant qu’elle n’est versée qu’à la rentrée.
La même image a d’ailleurs déjà circulé en 2014, dans un autre contexte. A l’époque, le site d’extrême droite dreuz.info l’avait relayée en la présentant comme montrant « ce que touche un couple de gens du voyage avec trois enfants ». Information basée sur la publication d’un « agent immobilier du Vaucluse », dont aucune trace n’est visible en ligne.
Le site reconnaît d’ailleurs n’avoir pas réussi à joindre la personne en question et n’avoir pas pu confirmer l’authenticité du document. Ce qui n’empêche visiblement pas ce document de faire son chemin, accompagné de différentes versions.
Dans tous les cas, et à supposer que la feuille de prestations soit réelle, il faut rappeler que l’allocation aux adultes handicapés n’est versée qu’aux personnes (françaises ou en situation d’immigration régulière) atteintes d’un taux d’incapacité supérieur à 80 % ou à celles dont le taux est compris entre 50 et 79 % et qui rencontrent des « difficultés importantes d’accès à l’emploi ne pouvant être compensées par des mesures d’aménagement du poste de travail ». On comprend donc pourquoi les intéressés ne « travaillent pas ».

Source - http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/10/10/l-intox-du-couple-de-clandestins-qui-toucherait-3-000-euros-d-aide-sociale_5011330_4355770.html

mardi 27 septembre 2016

Les adolescents, cibles de violences sexistes et sexuelles en ligne

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Morgane Tual

Une adolescente sur cinq a déjà été insultée en ligne sur son apparence physique. C’est l’un des multiples constats d’une étude publiée mardi 27 septembre sur le « cybersexisme » chez les 12-15 ans. Coordonnée par le Centre francilien pour l’égalité hommes-femmes Hubertine Auclert, réalisée par l’Observatoire universitaire international éducation et prévention, cette étude se concentre sur « les violences déployées via Internet et les réseaux sociaux sous forme d’insultes, de harcèlement, d’humiliation, de rumeurs… Qui ont la particularité de réduire les filles à leur apparence physique. Elles visent à contrôler leur sexualité et survaloriser la virilité et la sexualité des garçons. »
Menée auprès de 1 500 adolescents d’Île-de-France, elle dresse un état des lieux parfois édifiant des pratiques des collégiens et lycéens, dont les filles sont les principales victimes. Elles sont ainsi deux fois plus nombreuses que les garçons à faire l’objet de rumeurs (13,3 % contre 6,3 %). Même constat concernant les selfies : deux fois plus de filles en ont réalisé sous la contrainte, généralement issue de leur petit ami (4 % des filles, 1,4 % des garçons). Plus globalement, 17 % des filles et 11 % des garçons « déclarent avoir été confrontés à des cyberviolences à caractère sexuel par le biais de photos, vidéos ou textos envoyés sous la contrainte et/ou diffusées sans l’accord et/ou reçues sans en avoir envie ».

Règles implicites

Mais au-delà des chiffres, c’est surtout la façon dont se pratique ce sexisme, et dont il est perçu, qui intéresse les chercheurs, qui tiennent à souligner que les violences sexistes et sexuelles ne sont pas propres aux nouveaux outils. Préexistantes dans l’environnement des adolescents, elles « se poursuivent et s’amplifient » en ligne, un espace « à considérer comme appartenant à l’espace social réel ».
Et qui dit espace social dit aussi règles implicites. « Les filles sont incitées à exposer leur corps, notamment à travers le partage de photos : ne pas le faire, c’est se couper de cette sociabilité attendue », indique l’étude. Mais il ne faut pas le faire n’importe comment. « Les filles doivent se présenter sous leur meilleur jour, sans avoir l’air de chercher le regard des garçons. » Une bretelle trop inclinée peut être perçue comme un geste aguicheur, et « le moindre faux pas peut entraîner de sévères conséquences sociales ». Les chercheurs précisent que ces règles implicites sont moins strictes pour les garçons, qui devront aller plus loin que les filles pour être sanctionnés par leurs camarades, comme montrer leur sexe.
Mais ce qui revient systématiquement est le jugement permanent dont les filles font l’objet. Si une personne diffuse une photo sexualisée d’une jeune fille sans son consentement, c’est cette dernière qui sera critiquée, et non la personne ayant fait circuler l’image. Mais les filles ne sont pas seulement victimes : elles peuvent aussi se montrer bourreaux. « Les filles sont très impliquées dans le cybersexisme », affirment les chercheurs. « Elles subissent le rappel à l’ordre à la fois de la part des garçons et de la part des filles dans des proportions similaires. »

Les adultes aussi culpabilisent les filles

Et les conséquences n’ont rien d’éphémère. Certains épisodes restent ancrés dans la « mémoire collective » d’un établissement pendant plusieurs mois ou années, peut-on lire dans l’étude. Certaines photos sont aussi stockées comme bombes à retardement :
« Les photos peuvent aussi être accumulées par ses “ami-e-s” pour constituer des “dossiers” dont la divulgation (aux ami-e-s, mais aussi et surtout à la famille) peut devenir un moyen de chantage ou de pression, c’est un puissant outil de contrôle social entre pairs, et notamment au sein des couples. »
Des phénomènes que les adolescents ont tendance à considérer comme normaux : « Ces expériences négatives ne sont pas toujours perçues comme des violences, mais envisagées avec un certain fatalisme. » Au point qu’un élève sur quatre victime de ce type de violences, en ligne ou hors ligne, n’en parle à personne. Les adultes sont peu sollicités dans ce genre de cas, car les adolescents ne les jugent pas compétents dans ce domaine et craignent que la réaction des adultes consiste à interdire ou limiter les usages numériques, ou sanctionner le comportement sexuel ou amoureux.
Image extraite du film diffusé dans le cadre de la campagne « stop cybersexisme ».
Image extraite du film diffusé dans le cadre de la campagne « stop cybersexisme ». CENTRE AUBERTINE AUCLERT
Et ils n’ont pas tout à fait tort… Dans le cas de la diffusion de photos sexualisées sans le consentement, « les professionnel-le-s ont tendance à pointer le fait que les jeunes filles ont été “naïves”, qu’elles n’ont pas bien mesuré les risques en s’exposant ainsi sur les réseaux sociaux. » En culpabilisant les filles, ils « contribuent à renforcer le contrôle social exercé sur le corps et la sexualité », estiment les chercheurs. Ils regrettent également que les interventions de prévention dans les établissements soient principalement axées sur « le lien entre un individu et ses outils numériques », évacuant ainsi toute « considération du contexte sexiste ». Qui plus est, « lorsque que la prévention met l’accent exclusivement sur les moyens technologiques, cela peut donner le sentiment à certaines filles qu’elles sont responsables du cybersexisme qui les atteint ».


Simultanément à la publication de cette étude, une campagne de prévention doit être menée dans les collèges et les lycées, mais aussi sur Internet, à la télévision et à la radio.

Source - http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/09/27/les-violences-sexistes-et-sexuelles-en-ligne-une-fatalite-pour-les-adolescents_5003826_4408996.html#xtor=RSS-3208