Mes élèves,
que vous soyez mes élèves aujourd’hui ou mes élèves d’hier,
c’est à vous que j’ai pensé avant midi, ce mercredi, les yeux devant mon ordinateur, en me
disant que je vous faisais une bien grande infidélité en étant en congé paternité.
Comme je le disais hier encore à des élèves de terminale STMG, « professeur,
c’est un métier à temps plein », y compris quand on est « pas au
travail ».
C’est à vous que j’ai pensé, car je ne serai pas là - et pour certains je suis bien loin - demain
jeudi ou après-demain vendredi au lycée, pour vous dire « on pose tout et on parle de ce
qui vient de se dérouler ». Pour dire et avouer que « oui, j’ai
chialé ». Chialé, car il faut vraiment être le pire des monstres pour
orchestrer à Paris un massacre de la sorte.
Pour venir tuer Cabu, le papa du
Grand Duduche et une part de mon enfance [http://www.20minutes.fr/medias/1511891-20150107-attaque-charlie-hebdo-cabu-papa-grand-duduche-mort].
Pour venir tuer Wolinski, cet
irrévérencieux qui avait un si grand amour des femmes [http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Wolinski].
Pour tuer Tignous dont la mise en évidence des inégalités de ce monde était
nécessaire [http://fr.wikipedia.org/wiki/Tignous].
Je n’avais aucune affection
pour le style de dessin caca-prout de Charb, mais son indécence et sa provocation
restaient délicieux [http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2015/01/07/charb-je-prefere-mourir-debout-que-vivre-a-genoux_4550759_3236.html].
Depuis Louis-Philippe (1830-1848) et Daumier, le droit à la caricature
est ancré en France, et l’on n'a pas à accepter que ce droit amène la mort
sous les balles au cœur de notre pays, au cœur de notre Europe.
Soyez en
colère, soyez indignés, mais ne soyez pas aveuglés par cette colère. Ne vous trompez pas de
lecture. Prenez du recul et restez ouverts d'esprit, ne partez pas dans les amalgames trop faciles que certains appellent depuis
quelques années de leurs vœux, exigeants au creux des commentaires sur Internet que
la communauté musulmane française se "désolidarise" de chacun des actes criminels
qui sont effectués au nom d’Allah car ils sont effectués au nom d'Allah, alors qu'elle n'est en rien solidaire et montre son indignation, ou exposant que les musulmans de France ne seraient
pas assez « intégrés » et cette religion incompatible avec la démocratie, dans la continuité d'un discours colonial des
années 1900 ou d'une Algérie "française" des années 1950. Ne rentrez pas dans la banalisation et le populisme que même le dernier roman à
venir met en avant mais dont l’auteur se cache derrière une pseudo qualité
littéraire pour ne pas reconnaître qu’il cherche un succès de lecture en
soufflant sur le feu. Lorsque l’Armée du seigneur, toute à sa foi chrétienne dans sa guérilla en
Angola, décide d’appliquer les 10 commandements comme seule Loi et de détruire les mosquées au bulldozer, nous rappelant encore que le terrorisme n'a pas de Dieu,
ces grands défenseurs d’un occident qui seraient avant tout chrétien ne s’offusquent
pas.
Derrière ces morts, c’est NOUS qui sommes attaqués. Derrière
ces morts, c’est notre choix de vie, de vivre ensemble, qui est attaqué. C’est
notre République, ses droits de l’homme, ses droits
d’expression.
La France est le pays du droit à la désobéissance. Du droit
à la caricature. Du droit à la désacralisation. Du devoir d'irrévérence. Et du droit à la défense de l’Homme,
dans son sens universel.
C’est à vous que j’ai pensé, à vous et à ma fille. Car
ce n’est pas dans ce monde là que l’on souhaite vous voir grandir.
Vi bacio, tutti.
B. Varennes







Merci pour cet excellent article, pour cette lumière, pour cette ouverture d'esprit que vous nous offrez au-delà de votre rôle de professeur : c'est à cet instant que je voudrasi encore être dans votre classe pour tout poser et en discuter. Mais on n'y est pas, tant pis, vous nous avez appris a penser, on va s'en servir: nous non plus on ne veut pas de cet avenir. A bientôt, Nolwenn
RépondreSupprimerMerci pour cet article je pense qu'il nous a tous toucher, il est important dans parler car c'est une attaque à notre société et nos libertés, mais surtout la mort de plusieurs personnes.
RépondreSupprimerIsis